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Sortir du double langage
Réduire les risques liés à l’usage de drogues est-il devenu mission impossible Genève ?

dimanche 8 octobre 2006.

Cet éditorial est repris du journal n°3 de l’association premièreligne qui vise à la réduction des risques liés au drogue à Genève

Notre travail [1] est au carrefour des contradictions de la politique en matière de drogues qui implique dans le même temps de soigner et de punir les personnes souffrant de dépendance. Lorsque cette politique est menée avec souplesse, nous réussissons à nous accommoder de ces con tradictions. Par contre, lorsqu’elle s’approche de la tolérance zéro et vise l’interdiction d’accès à l’espace public d’une population dérangeante, notre mission devient de plus en plus difficile.

Que propose-t-on aux personnes qui n’ont plus droit de cité à proximité de la gare de Cornavin et qui risquent une amende du simple fait de leur présence ?

Cette stratégie a sans aucun doute pour résultat que la « rue » s’installe devant le Quai 9, espace d’accueil et d’injection. Certains usagers de drogues affirment que c’est le seul espace qui leur reste accessible pour se rencontrer au centre ville. Nous y accueillons d’ailleurs une population de plus en plus marginalisée et désoeuvrée, parfois sans droits et sans papiers, ce qui ne va pas sans susciter certaines interrogations sur la santé de notre société.

Comment gérer un lieu où, pour des raisons de santé publique, les usagers peuvent consommer leurs substances illégales à moindre risque alors qu’à l’extérieur ils n’ont pas le droit de détenir ou d’acheter ces produits ?

Ils sont régulièrement contrôlés par la police, qui fait certes son travail. Le stress et la violence qui découlent de ce climat général se reportent aussi sur l’ambiance de l’accueil et sur les conditions de travail de notre personnel, ce qui nous a amené à collaborer avec une agence de sécurité.

Les usagers de drogues vivent dans le paradoxe permanent et tout concourt à ce qu’il n’en soit pas autrement. Si l’on n’accepte pas à relativement brève échéance de s’interroger sur la gestion globale de cette problématique, en accordant notamment les violons politiques, l’impasse est programmée. Certes, la consommation de drogues fait des dégâts. Toutefois, l’expérience quotidienne nous montre que l’illégalité et la marginalité sont aussi problématiques que la consommation elle-même. Comme nous le verrons dans ces colonnes, le processus thérapeutique est souvent long et sinueux.

Dès lors, une véritable réflexion sur les alternatives à mettre en oeuvre s’impose, pour faire face au désoeuvrement, ainsi que pour imaginer d’autres possibilités d’accès aux substances dont les personnes dépendantes ont besoin, sans qu’ils soient confrontés à la délinquance.

C’est une question de dignité des personnes !

Christophe Mani
directeur de premièreligne

[1pour le détail voir le site de l’association premièpreligne


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