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Quand un philosophe répond à un autre philosophe...

mercredi 2 juillet 2003 par La Strega

"Le vrai lecteur veut voir à l’intérieur des choses, percer leur surface pour y pénétrer en profondeur. Toute lecture bien faite est une pénétration’’.
Jean Romain, philosophe valaisan

Affirmer, tel que le fait le penseur valaisan Jean Romain, l’établissement d’une équivalence déterminant la relation entre lecture « bien faite » et « pénétration » sous-tend une orientation philosophique réaliste d’obédience néo-thomiste, ainsi qu’une certaine débilité d’ordre physiologique, sur laquelle nous reviendrons plus avant.

Examinons, dans un premier mouvement, les fondements métaphysiques, le « terreau de pensée », si l’on ose ainsi s’exprimer, dans lequel le propos de M. Romain plonge ses radicelles.

Ainsi donc, pour que soit rendue possible, comme le prétend M. Romain, une vue actantielle (ou vision) « à l’intérieur des choses », il est impérieux, d’un point de vue logique, que soient préconisées en premier lieu la réalité de l’être et en second lieu la dualité de ce dernier.

Car, si l’être n’est pas, l’on bascule en poésie et l’on quitte par conséquent le domaine philosophique, ce que M. Romain ne pourrait assumer, se retrouvant alors dénué de ses oripeaux d’intellectuel masturbateur, condamné, de surcroît, par les instances vaticanes, qui n’autorisent toujours pas l’onanisme, fut-il abstrait, nécessaire ou même respectant le principe aristotélicien de non-contradiction.

Et, si l’être est un, indivisible, en puissance ET en acte, alors nous nous trouvons peut-être en philosophie, mais pas chez Thomas d’Aquin, ce que M. Romain ne saurait tolérer, ce vif esprit semblant accorder sa préférence aux hommes sérieux plutôt qu’aux fantaisistes.

Or, dans l’optique du renouveau thomiste qui semble inspirer la définition, car c’en est une, de la lecture par-faite (du latin per-fecere, faire complétudinement) que nous livre ici M. Romain, l’être est structuré en deux niveaux : l’apparence et l’essence. Celui qui con-naît (cum-nascere en latin, naître avec), l’Etre suprême, mais aussi l’homme de culture, qui est son produit, son élu, anciennement le séminariste, mais de nos jours, celui qui a suivi un parcours formatif calfeutré d’école privée en école privée et si possible religieuse, celui qui connaît donc, voit la chose étante (le réel, l’être particularisé) en son essentialité, en son noyau d’être pur, en son eidos a-tomon, pour parler grec ancien et singer le Maître Aristote.

Mais...

Mais, mais, mais, celui qui ne connaît pas n’a pas cette chance : lecteur impar-fait, il ne décèle le double niveau d’appréhension du texte ou de l’être et reste donc à la surface supposée du réel, qu’il soit matériel ou intellectuel.

Dans le monde idéal de M. Romain, il y a donc deux types d’approche et de connaissance comme deux types d’homme : ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas connaître, les élus, les ayants-droit au Mystère et les autres.

On voit ici en quoi cette conception de l’être à deux niveaux induit la volonté politique d’un système scolaire à deux niveaux itou.

Et l’on peut constater sans trop plus loin aller que le « terreau de pensée » qui nourrit le propos de M. Romain ne touche que de très, très loin à la philsophie, fut-elle celle d’Aristote ou de St-Thomas d’Aquin (on cannonise parfois les penseurs, pour peu qu’ils soient peu libres...), qu’il peut être assimilé à une tendance de l’instinct plutôt que de l’effort réflexif, tendance que valorisa longtemps le droit naturel : le crédit porté à la loi du plus fort ou l’élitisme.

Sans plus tarder, traitons à présent de la débilité d’ordre physiologique que nous estimons pour une bonne part responsable de l’affirmation de M. Romain : assimiler une lecture approfondie à une pénétration ne relève-t-il pas, en effet, d’un problème de perception de son corps ? A moins que, ce que nous voulons bien accorder à l’auteur d’une telle confusion, car confusion il y a pour la grande majorité des physiologies, celui-ci soit si dépourvu de vues -d’esprit- qu’il soit contraint de compenser ce handicap par une agileté accrûe du membre érectile faisant le mâle, agileté artificielle dûment acquise à force d’exercices menés baguette battante sous l’œil bienveillant d’un chanoine pédagogue, agileté qui lui permette, enfin, de lire avec la queue ?

Cette question reste ouverte et nous ne la développerons pas en ces lignes, manquant de données tangibles pour installer d’intelligibles et pénétrantes déductions.

En guise de conclusion, nous nous contenterons de rappeler cet extrait d’une chanson du poète Georges Brassens, qui, loin de corroborer les principes élitistes de M. Romain, asseyent plutôt la nature humaine dans un processus infiniment répété, dans une temporalité qui n’a rien d’eschatologique et qui donc n’encourt aucun risque, bien au contraire, à maintenir l’école parmi ses services publics offrant égalité des chances à toutes et tous.

Cet extrait donc stipule que, immanquablement, « quand on est con, on est con. »

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