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Les pompiers entre dévouement et amertume

Des profesionnels et des volontaires confrontés à un quotidien de misère
samedi 4 mars 2017 par Dominique Hausser

« Je ne veux connaître ni ta philosophie, ni ta religion, ni ta tendance politique, peu m’importe que tu sois jeune ou vieux, riche ou pauvre, français ou étranger. Si je me permets de te demander quelle est ta peine, ce n’est pas par indiscrétion, mais bien pour mieux t’aider ».

Chaque nouvelle recrue pompier est censée apprendre ce poème éthique du général Abdon Robert Casso, qui fut le commandant de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris d’avril 1967 à août 1970.

Romain Pudal apporte un éclairage passionnant sur une profession difficile confrontée à toutes les misères de populations souvent terriblement précarisées.

Il est sociologue et pompier volontaire depuis 2002 dans une caserne de la banlieue parisienne. Intellectuel ayant effectué ses études à Paris, il n’est pas le portrait de la majorité des pompiers, principalement des hommes blancs peu diplômés.

Et ce sont ces hommes, en majorité des volontaires indemnisés à la vacation horaire entre 5 et 8 €, pour les pompiers de terrain les moins gradés et les plus directement au contact de la population.

Leur « héroïsme » ne réside pas seulement dans les images médiatiques telles que les incendies spectaculaires, les catastrophes, les hommages nationaux aux victimes du devoir, par ailleurs tout à fait mérités, mais la confrontation à un quotidien de misères et de détresses de toute nature auxquelles les pompiers doivent trouver des solutions.

Il y a certes quelques gestes de secourisme et d’autres méthodes pour soulager, mais il y a surtout le temps passé à discuter, réconforter, calmer, apaiser face à des situations qui ne relèvent pas d’urgences vitales.

Depuis 1996, la loi permet de facturer les « opérations à caractère privé », mais les pompiers de terrain considèrent qu’ils sont là pour aider par pour dresser des factures.

La marchandisation du service public, que l’on retrouve bien entendu dans d’autres secteurs, est particulièrement mal comprises des professionnels de terrain. La plupart du temps en partant en intervention, les pompiers ne savent pas sur quoi ils vont tomber, ni ce qu’ils devront faire. Comment peut-on quantifier son temps d’empathie ou son degré d’implication.

Pour de nombreux pompiers volontaires en situation précaire, les vacations font partie de leur revenu nécessaire pour vivre et leur espoir de devenir pompier professionnel sombre par la diminution du nombre de postes mis au concours. Sans diplôme autre que leur expérience au sein des équipes de sapeurs pompiers, ils se tournent vers des postes souvent précaires, comme maître-nageur, agent de sécurité incendie, ambulancier, brancardier.

Depuis une quinzaine d’années, on observe une forme de « droitisation », tout en sachant qu’il n’est pas certain que ces classes populaires étaient plus à gauche autrefois, ou qu’elles adhèrent aujourd’hui à des valeurs de droite.

La casse du service public accompagnée de la libération de la parole raciste et xénophobe, la précarisation généralisées de la classe populaire et de la frange inférieure et moyenne de la classe moyenne sont en train de faire des dégâts considérables.

Avoir voulu minimiser la lutte des classes (reflétées par les inégalités sociales, économiques, de formation ou/et par l’insécurité écomique et professionnelle) est une des erreurs majeures de jugement par de nombreux dirigeants des partis traditionnels de gauche.

Il est temps de recréer le lien avec les porte-paroles des classes populaires pour avoir une chance de redresser la barre.


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