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Mobilité et santé

Les grands projets routiers constituent un danger pour la santé de la population

jeudi 14 août 2003 par Dominique Hausser

La mobilité préconisée par l’initiative Avanti est en opposition fondamentale avec une amélioration de la qualité de la vie et de la santé de la population et des individus. Contraire à l’agenda 21, elle doit être rejetée sans compromis. Avec l’augmentation de la population et l’accroissement des agglomérations urbaines, la promotion des transports publics et des moyens de transports individuels non polluants comme le vélo ou la marche à pied sont une priorité de santé publique.

 Les risques pour la santé

La littérature scientifique est aujourd’hui sans appel. Les moyens de transports à moteur polluent et mettent en danger la santé des personnes et de la population, sans parler des atteintes portées à l’environnement. Plus de 75% des émissions de monoxyde d’azote, responsable des fortes densités d’ozone et co-responsables de l’effet de serre, proviennent des véhicules à moteur.
Rappelons brièvement les principaux risques :
- La pollution de l’air est génératrice de problèmes respiratoires important (l’augmentation de ceux-ci est très importante chez les enfants et les personnes âgées en raison de la pollution croissante).
- Le bruit perturbe grandement le sommeil et de manière plus générale est générateur de stress.
- La voiture est le mode de transport le plus risqué (risque accru d’accidents par rapport à d’autres modes de transport).
- Le réseau routier provoque des risques accrus pour les autres usagers (source plus fréquente d’accidents et degré de gravité plus élevé des accidents que d’autres modes de transports).
- La consommation accrue d’espace par le réseau routier, consommation nettement supérieure à celle liée à d’autres modes de transports (par rapport à la capacité de transport générée en volume et en espace), est une atteinte à l’environnement et à la qualité de vie par la diminution d’espace qui devrait être dévolu à la nature, à l’agriculture et aux espaces publics conviviaux.

A cette liste des principales atteintes directes sur la santé on peut encore ajouter une atteinte indirecte. Les fonds considérables investis dans les infrastructures routières nouvelles, en période de crise budgétaire tout particulièrement (recettes fiscales en baisse, frein à l’endettement, etc.), ne sont pas disponibles pour d’autres investissements publics, que ce soit pour les transports (transports publics, aménagements piétons et cyclistes, recherche d’innovation pour de nouveaux modes de transports éco-compatibles, etc.) ou pour d’autres secteurs de l’action publique (enseignement, aide sociale, santé publique, investissements d’infrastructures, etc.)

Pour revenir aux propositions des défenseurs de la voiture automobile à usage privé : En termes de sécurité, l’argument selon lequel une 3e voie sur l’autoroute entraîne nécessairement plus de sécurité est faux. Ce qui est exact, confirmé par de nombreuses études internationales, c’est que la sécurité sur les autoroutes augmente nettement si la vitesse des véhicules est homogène, donc si les véhicules roulent globalement à une vitesse semblable, ce qui est le cas en règle générale aux Etats-Unis. Ceci provient aussi d’un contrôle beaucoup plus sérieux des vitesses. En Europe de nombreux accidents sont dus aux différences de vitesse.

L’effet mathématique et immédiat d’une 3e voie sera de créer la chimère d’une « meilleure » mobilité en voiture, donc de générer du trafic supplémentaire, donc d’engorger encore plus les entrées de Lausanne et Genève, donc de créer des bouchons, de la pollution et du bruit, donc des atteintes à la santé, surtout pour les riverains, mais aussi pour les conducteurs eux-mêmes, et pour la société en général. Le trafic est la principale cause de l’excès d’ozone et de l’effet de serre.

Face aux risques de santé générés par l’augmentation ininterrompue du trafic automobile, ce sont les élites socio-économiques les mieux protégées et les autres (classes moyennes et défavorisées) les plus exposées, par rapport à l’exposition à la pollution, au bruit, au type de logement, à l’accès aux espaces verts, à la sécurité routière… Les élites sont favorisées entres autres de par leurs capacités de choisir le type et le lieu de logement à l’abri de nuisances, par leur capacité financière de prévenir les problèmes de santé ou de les soigner, par leur accès facilité à des lieux de détente et de repos.

 Qui va payer ce pactole ?

Financièrement, l’initiative AVANTI est un désastre :

- Les investissements pour la 3e voie autoroutière Berne-Zurich et Genève-Lausanne et pour le 2e tube Gothard seront colossaux ; il en va de même avec le contre-projet qui maintient les propositions de l’initiative et ajoute des projets pour le trafic d’agglomération (un tout petit sucre pour faire passer la pilule !), le tout financé par un nouveau fonds autonome pour les infrastructures routières, par conséquent soustrait au frein à l’endettement.
- Le frein à l’endettement impose entre 3 et 4 milliards de dépenses en moins, dont des réductions substantielles des budgets pour les transports publics, les investissements dans les grands projets, comme par exemple la liaison ferroviaire Eaux-Vives - La Praille et les transports régionaux dans toute la Suisse.
- Le paquet fiscal qui constitue un cadeau pour les nantis et une perte de recettes de 2 milliards dans les caisses fédérales et de 1.3 milliards pour les cantons.

La somme de ces effets financiers signifie nécessairement des coupes sombres dans d’autres budgets fédéraux, en particulier les affaires sociales, la santé, la formation, la jeunesse, la culture et la promotion d’une politique énergétique durable (économies d’énergies et promotion des énergies renouvelables).

 Mobilité croissante et transports publics

L’argument selon lequel cette 3e voie serait malgré tout indispensable en raison des nombreuses personnes devant se déplacer dans cette région, toutes n’étant pas à proximité de transport publics performants, ne tient pas la route, c’est le cas de le dire.

Dans la région lémanique, les alternatives à la 3e voie autoroutière sont claires. On peut citer en particulier :
- La création de parking-relais en nombre tout le long de la Côte, près des arrêts CFF ; il faudrait créer au moins 5 à 8’000 places le plus vite possible, et arrêter de réduire et supprimer le peu d’espace disponible.
- La densification qualitative et quantitative de l’offre CFF régionale et interregio sur cet axe ; la3ème voie Genève-Coppet sera bientôt en service, et il faut viser la création d’un réseau express lémanique (REL) comme le propose la pétition lancée par l’ATE.
- La densification substantielle des réseaux locaux de transports publics, en particulier par bus et avec les systèmes de transports sur appel (proxibus, etc.), desservant les gares
- Une modification rapide et complète de la politique d’aménagement du territoire consistant à implanter à tort et à travers des centres commerciaux à l’écart des réseaux de transports publics.

Ces quelques axes complètent ceux visant à une amélioration générale des transports publics dans la région genevoise, en particulier :
- La réalisation rapide de la liaison Eaux-Vives - La Praille, en évitant de couper dans le financement de cet investissement fondamental pour l’avenir de la région.
- Le soutien actif au développement des transports régionaux et locaux (nouvelles lignes tram, augmentation des prestations de TPG de l’ordre de 20% en 4 ans, etc.).

En résumé, le type de mobilité que promeut Avanti est complètement contraire à une attitude visant à promouvoir la qualité de vie et la santé de la population, individuellement et collectivement. L’argent investi dans les autoroutes manquera directement et complètement pour d’autres domaines, dont certains qui favorisent ou maintiennent la santé.

Dominique Hausser est médecin, spécialiste en prévention et santé publique


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