Jeudi 26 janvier 2017 — Dernier ajout jeudi 9 mars 2017

Le temps inaugure la promotion des faits alternatifs par Concombre masqué

J’ai halluciné à la lecture de ce paragraphe sur le site du journal Le Temps, un avertissement à propos d’un papier pondu par Emilie Sombes et publié mardi 24 janvier 2017 à 16:46 :

« Le Temps » inaugure aujourd’hui une nouvelle chronique signée Émilie Sombes, un pseudonyme pour cette chroniqueuse masquée. Elle portera un regard sans concession sur la politique genevoise dans la perspective d’élections qui s’annoncent disputées.

Suite à la publication de ce texte, qui s’inscrit dans la catégorie du pamphlet, Carole-Anne Kast, présidente du parti Socialiste et conseillère administrative de la ville d’Onex, a sollicité un droit de réponse, qu’elle a obtenu ([voir sa réponse publiée sur le site du Temps le mercredi 25 janvier 2017 à 18:22. https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/25/courage-opinions]).

Et patatra, nouvelle culbute à la lecture sur la page Facebook de Carole-Anne Kast de ce texte :

J’ai évidemment fait valoir mon droit de réponse face aux méthodes indignes de la profession de journaliste développées par Le Temps.

La rédaction s’est permise de censurer un paragraphe de mon texte, alors que je m’y suis formellement opposée.

Je vous le livre ici :

" En choisissant d’entrer dans le marécage de la « trumpisation de l’information », le Temps rabaisse son travail au niveau d’un post facebook. L’auteur se dispense de toute déontologie. Il utilise la rubrique « opinions » pour colporter de fausses informations."

Au vu de la censure sur mon droit de réponse, ce paragraphe me semble plus pertinent que jamais, tout comme une plainte au conseil suisse de la presse.

(source : https://www.facebook.com/caroleanne.kast/posts/977364885729232?pnref=story.unseen-section, lu le mercredi 25 janvier 2017 à 23:30).

Puis un peu plus loin dans les commentaires, celui de Sylvain Besson, journaliste au Temps : Précisons en effet, vu le niveau très relevé de cette discussion, que le texte de Carole-Anne Kast n’est pas un droit de réponse (il n’y avait pas matière, à notre sens), mais une tribune qui en répond à une autre – un débat public normal, en somme. Et que comme n’importe quel média, nous éditons les textes qui nous sont soumis. En retranchant parfois certains éléments discutables, contestables ou malséants. Censure ? Non, processus normal et salutaire d’édition.

Il ajoute un peu plus tard : Je déduis de ces nombreuses interventions que notre chroniqueuse a touché un point sensible. À croire que la virulence des réactions justifierait presque à elle seule son statut "masqué"… Je laisse le débat se poursuivre et vous donne rendez-vous à la prochaine chronique d’Emilie Sombes. [*]

  1. Face à ce dénigrement de la notion de respect, de transparence, d’honnêteté intellectuelle, pour ne pas dire à l’éloge du fait alternatif, je republie le texte intégral sur mon site personnel afin qu’il puisse être lu telle que l’auteure l’avait écrit.
  2. Le Temps, en déclarant : Fondé en mars 1998, Le Temps est le média de référence de la Suisse romande et francophone qui décline ses contenus sur différents supports avec la même exigence de qualité et indépendance éditoriale. (source : https://www.letemps.ch/a-propos, lu le mercredi 25 janvier 2017 à 23:50) est en contradiction flagrante avec son principe en publiant le papier de Sombes, annoncé comme non journaliste, donc non soumis aux règles de la profession, n’ayant pas besoin dès lors de les respecter.
  3. En publiant ce papier, Le Temps enfreint sa charte rédactionnelle sur plusieurs articles de celle-ci, en particulier l’art. 4.3 ("L’information qu’il diffuse doit être fidèle à la vérité et respecter le principe de la bonne foi. Il doit, dans toute la mesure du possible, donner à une personne ou à une entité mise en cause, la possibilité d’exprimer son point de vue.").

Il y a plusieurs années, malgré le fait qu’il y a encore d’excellents journalistes accompagnés de la qualité de leur plume, que Le Temps perd des plumes, que le nombre d’articles informationnels diminue, que ces articles occupent de moins en moins de place, au détriment de l’espace opinion donné à peu près toujours aux mêmes acteurs, prétendument experts, qui "pseudo-analysent" les actions politiques pour délivrer leur vérité sur ce que devrait être la marche vers l’avenir.

Le travail de journaliste, celui qui informe, qui analyse, qui décortique, qui réfléchit, qui sépare les faits, les observations des opinions, qui se souvient de la construction - classique (?) - d’un texte - thèse-antithèse-discussion-conclusion, trouve de moins en moins de place pour exister.

Les dirigeants des grands groupes qui rachètent les titres à tour de bras, pour les transformer en pompe à fric, en machine de propagande ou les faire disparaître si ils ne jouent pas l’un des deux rôles, ou de plus en plus les deux rôles à la fois, n’ont pas d’autre objectif que le gain.

La vérité, le débat, le respect ne sont pas des priorités, alors même que ce sont des valeurs essentielles du vivre ensemble, des valeurs qui aident la démocratie à se construire, à se maintenir.

Les médias, au travers de ses journalistes, sont des acteurs essentiels de la démocratie. Sans journaliste, sans éthique, la démocratie est en jeu. Le pouvoir, la force, la puissance ne sont là que pour permettre à ceux qui en (ab)usent de s’enrichir au détriment de la majorité.

Il y a urgence à casser cette évolution infernale.

[*Comme certains internautes le font remarquer également dans les commentaires Sombes sonne comme Besson dans le désordre des syllabes.

Voir en ligne : Concombre masqué s’exprime dans le Temps