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Le contrat qui sous-tendait la formule magique a été rompu

vendredi 16 janvier 2004 par Dominique Hausser

Certes, la gauche a progressé lors des dernières élections fédérales. Mais, paradoxalement, le Conseil fédéral élu le 10 décembre 2003 est nettement plus à droite que le précédent. Avec deux UDC et deux radicaux dépourvus de fibre sociale, le pire est à craindre. Dès lors, les socialistes ont-ils encore une chance de contribuer, par leur présence au gouvernement, à davantage de justice sociale et à une meilleure qualité de vie pour la majorité de la population, dont le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer ?

Les socialistes genevois ont anticipé dès novembre 2003 les conséquences d’une éventuelle élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. Réunis en assemblée générale le 19 novembre dernier, ils sont arrivés à la conclusion qu’il serait très difficile de promouvoir la justice sociale dans un Conseil fédéral comportant quatre élus de la droite dure, qui disposeraient d’une majorité automatique. Pour une nette ma-jorité des socialistes genevois, participer à la conduite des affaires du pays dans une telle configuration politique n’aurait guère de sens.

Les socialistes genevois ont espéré jusqu’au bout que la raison l’emporterait. Ils ont cru à une alliance entre toutes celles et ceux qui sont attachés à la cohésion sociale et aux valeurs d’ouverture de la Suisse. Leurs espoirs ont été annihilés par l’élection du 10 décembre 2003.

Les socialistes genevois estiment que le contrat tacite qui sous-tendait la formule magique a été rompu. Pour entrer au Conseil fédéral, le Parti socialiste a dû accep-ter le principe de la défense nationale et renoncer au dépassement du capitalisme. En échange, sa participation aux affaires lui donnait la possibilité de contribuer au développement des assurances sociales et à une redistribution plus ou moins équi-table des richesses. Ce contrat a été mis à mal dès le début des années 90. Il risque d’être définitivement brisé par le coup de force de la droite du 10 décembre dernier.

Le Parti socialiste doit prendre acte de cette nouvelle donne. Sa présence au Con-seil fédéral n’a de sens que si l’action gouvernementale garantit le maintien de la co-hésion sociale. Dans le cas contraire, les socialistes seront plus efficaces à l’extérieur du Conseil fédéral, en menant une politique d’opposition déterminée.

Partant de ce constat, le Parti socialiste doit poser des conditions très claires au maintien de sa participation gouvernementale. Les principales avancées concrètes qui devront être réalisées durant la première moitié de la législature 2003-2007 sont les suivantes :

- Maintien d’un service public fort, qui offre des prestations de qualité à tous les ci-toyens et citoyennes, indépendamment de leur revenu et de leur lieu de domicile. Une telle politique implique notamment un moratoire immédiat sur la fermeture des bureaux de poste.

- Instauration d’une véritable politique familiale, qui permette à chacun de vivre dé-cemment dans la structure familiale qu’il ou elle aura librement choisie. Une telle politique implique une hausse des allocations familiales et davantage de structures d’accueil pour la petite enfance.

- Instauration d’une véritable assurance maternité, conformément à l’art. 116 al. 3 de la Constitution fédérale.

- Arrêt du report quasi-systématique des charges sur les cantons et les communes, dans le cadre de la soi-disant politique d’assainissement des finances fédérales.

- Naturalisation automatique des étrangers-ères de la troisième génération et natu-ralisation facilitée pour les étrangers-ères de la deuxième génération.

- Possibilités de retraite anticipée pour les bas et moyens revenus.
Enfin, les représentant-e-s du PS au Conseil fédéral devront exprimer publiquement leur désaccord, à supposer que le gouvernement prenne des décisions contraires aux objectifs et aux valeurs socialistes, en particulier concernant les priorités sus-mentionnées.

Si les deux prochaines années devaient démontrer que la participation au gouver-nement est incompatible avec la réalisation de ces objectifs, le Parti socialiste devra quitter le Conseil fédéral. Les socialistes ne doivent pas devenir les otages d’une droite ultra-libérale et dépourvue de fibre sociale.


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