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Cohésion sociale

La main de Borloo dans la culotte des chômeurs

mercredi 7 juillet 2004 par Emmanuelle Veil

Pendant que le gouvernement fait la pub du plan bidon de « cohésion sociale » de Jean Louis Borloo, les réformes ultralibérales s’accélèrent.

Il a une tête de mec sympa, ce Jean Louis Borloo : le cheveu foufou, des rides de bon vivant qui a festoyé, un visage souriant. Quand Chirac et Raffarin ont fait le casting du gouvernement après la grande défaite des élections régionales, c’est lui qu’ ils ont choisi pour incarner la générosité, la solidarité, l’affectivité réclamées par les Français. Propulsé "ministre de la Cohésion sociale", Borloo - qui n’était jusqu’alors que ministre de la Ville s’est vu confier fin mars cette mission de prime importance : retarder le moment de la collision sociale, dont tous les ultracapitalistes pressentent avec anxiété l’inévitable avènement (voir l’éditorial de Philippe Val la semaine dernière). Il a suffi de quelques semaines à l’ancien avocat de Bernard Tapie pour concocter ses mesures miraculeuses, et le 30 juin, avec les encouragements de Jacques Chirac, il a présenté au Conseil des ministres un sensationnel plan de recollage de la société française fracturée.

13 milliards d’euros pour les entreprises

Qu’y a t il dedans ? Treize milliards d’euros ! A dépenser jusqu’en 2009 pour aider ceux que le ministre décrit comme "les oubliés de la République" , les "laissés pour compte de l’égalité des chances" : six millions de pauvres incapables de joindre les deux bouts. Si on fait le calcul, treize milliards d’euros, cela représente 1,2 euro par jour et par personne : de quoi ajouter une tranche de jambon dans le sandwich ! Mais les gueux, qui salivaient déjà face à cette alléchante perspective, risquent d’être déçus quand ils comprendront que l’idée du gouvernement n’est pas de leur donner cet argent. Ce sont quelques milliers d’entreprises et d’institutions qui vont récupérer la mise (incitations financières à 1 embauche, programme de construction de logements, etc.), puisque c’est à travers elles qu’ ils sont censés se réinsérer.

Contrairement à ce que Jacques Chirac affirmait avec grandiloquence au Conseil des ministres -"il s’agit d’une nouvelle donne sociale qui rompt avec les logiques du passé"-, le plan Borloo s’inscrit en réalité dans le processus de refonda¬sociale entamé par le Medef et la CFDT : brader et flexibiliser les travailleurs, plutôt que renforcer leurs protections sociales. Il ri est rien d’autre qu’une maligne juxtaposition de mesures caritatives d’urgence assez vagues, dont voici les principales :

- Un million de RMistes et de chômeurs en fin de droits seront employés dans le secteur non marchand (collectivités locales, associations). Ils concluront un « contrat d’activité » (26 heures de travail, 9 heures de formation) d’une durée de deux ou trois ans, payé aux trois quarts du smic (à 75 % par 1 État la première année).

- 800 000 « jeunes » se verront proposer une formation en alternance ou un apprentissage.

- Les entreprises seront incitées à signer une < charte de la diversité » par laquelle elles promettront de recruter du personnel à 1 image des populations présentes dans leur bassin d’emploi.

- Une Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) sera créée le 1er janvier 2005.

- La construction de HLM passera de 80’000 à 120’000 par an.

La queue au guichet pour les gueux

Il n’est même pas certain que les treize milliards d’euros ne se réduiront pas finalement à douze, dix, voire seulement huit milliards. Deux raisons à cela : le plan de "cohésion sociale" sera voté à l’automne dans le cadre d’une loi de programmation quinquennale : or Sarkozy a déjà taillé dans les crédits de la loi de programmation quinquennale du ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie, qui s’est égosillée en vain. Et, comme l’a souligné le député socialiste Éric Besson, le financement de ce plan n’est pas garanti car il est "indexé sur la croissance".

Ce qui est assuré par le gouvernement, en revanche, c’est que l’ensemble des Français, et surtout les plus démunis, va continuer à en baver. Bientôt, ils paieront l’électricité plus cher (privatisation d’EDF), ils feront la queue plus longtemps au guichet des services publics et des administrations (suppression de la moitié des postes de fonctionnaires), plus ils seront malades, moins ils seront remboursés (remplacement de la Sécurité sociale par les assurances privées avec la réforme Douste Blazy), moins ils gagneront d’argent, plus ils devront travailler (Sarkozy veut saccager définitivement la loi sur les 35 heures). Il sera en outre de plus en plus difficile de se loger : le nombre de HLM aura peut être augmenté, mais leurs loyers seront inabordables (la loi de décentralisation privatise en partie les HLM). Et quand l’expression "cohésion sociale" sera usée, Chirac lancera un autre slogan marketing pour nous vendre sa société ultralibérale.

In Charlie Hebdo n°629 du mercredi 7 juillet 2004


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