Hausser.ch
Affamer la bête

Alors ? ça vient, ce démentèlement de la sécu ?

lundi 24 novembre 2003 par Oncle Bernard

Pourquoi Mattei laisse filer le déficit ? Pour qu’il devienne insupportable et que le dernier des profiteurs de la CMU, cette extraordinaire avancée sociale, dise : "ça ne pas durer !"

(Note du claviste : toute ressemblance avec la Suisse tant au niveau fédéral que cantonal ne serait apparemment pas une pure coincidence !)

D’abord Mattei creuse le trou [1]. Ensuite il "responsabilise" les ménages, coupables de trop dépenser. "Responsabiliser" veut dire recourir aux assurances privées. A propos : les mutuelles vont augmenter leurs tarifs de 10% en 2004.

Raffarin installe un "Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie" chargé de préparer les esprits. Rhétorique prévue : l’heure est grave, les personnels de santé sont démoralisés, déjà 10 milliards d’euros de trou en 2003. A ce rythme, 100 milliards dans dix ans, faut que ça cesse. D’après Raffarin, le "sentiment de gratuité" des soins est une des causes de la dérive. Exact. La Sécu, les Français la paient, et cher. En 2001, elle représente 1145,4 milliards d’Euros [2]. Cela dit, les Français, avec 9,5% du PIB, ne sont pas les plus gourmands : les Américains sont à 13,9% du PIB (et Dieu sait s’ils sont mal soignés ! L’espérance de vie est plus faible qu’en France), les Suisses à 10,9%, les Allemands à 10,7%, les Canadiens à 9,7%. Il n’y a guère que les Espagnols, les Britanniques et les Japonais (7,6%) qui dépensent un peu moins que nous [3].

La Sécu rembourse 75,7% des dépenses de santé. Elle paie en grande partie les 54’403 généralistes (154’000 euros d’honoraires en moyenne) et les 53’221 spécialistes (202’684 euros en moyenne). Remarquez, en 1960, elle ne remboursait que 53,2%, et nos parents n’étaient pas plus malheureux pas vrai ? L’idée de transférer des "risques individuels" (par exemple se casser la jambe à ski, ou se casser un bras dans la rue, exemple choisi par Raffarin) aux assurances. Les assurances se feront une guerre des tarifs. Et tout ira bien comme toujours en faveur du consommateur. Bon, mais le fumeur ? Il s’assure contre le cancer, ou la lutte contre le cancer relève-t-elle de la solidarité collective ?

Parfois le consommateur ne peut pas payer l’assurance. Certes 90% des Français se paient une complémentaire. Mais plus ils sont riches, plus les contrats sont favorables. Plus ils sont pauvres, plus ils renoncent aux soins. Les dentistes (remboursés à 34,2% par la Sécu) soignent les riches. Un pauvre est édenté.

Au fait, pourquoi limiter les dépenses de santé ? Ca crée des emplois d’infirmmières. Certes, on ne peut financer par l’impôt la thalassode Madame la Marquise ! Et pourquoi pas si l’impôt est juste et progressif, c’est-à-dire si c’est Madame qui paie, en fait ? Dans le système fiscal actuel, où la TVA représente trois fois l’impôt sur le revenu, et où les cotisations sociales sont proportionnelles, où les pauvres vivent dix années de moins en moyenne que les riches, oui, les petits revenus paien la santé des gros. Mas la question n’est pas celle de la dépense de santé, mais de l’injustice des prélévements.

Les Français consomment beaucoup plus de médicaments que leurs voisins. Beaucoup sont inutiles. La faute à qui ? Aux crétins de consommateurs ? Au lobby pharmaceutique, spécialiste de la corruption douce (colloques, voyages) des médecins. La Sécu subventionne une industrie. L’idéal serait que la majorité des médicaments soit générique. Mattei (bon point) propose le TFR , tarif forfétaire de responsabilité, qui rembourse les médocs gorgés de pub au prix du générique. Problème : ses copains pharmaciens perdent de la marge.

L’assurance individuelle favorise la consommation de médicaments, la concurrence des labos et la surenchère publicitaire pour écouler la marchandise. Où trouver des économies, finalement ? Du côté des hôpitaux. Réduire les effectifs, vendre les terrains, transformer leur statut en société anonyme. La faute au trou !

[1article publié in Charlie Hebdo n° 593 du mercredi 29 octobre 2003

[2Alter Eco, Les chiffres de l’économie 2004.

[3Les Echos, 17-18/10.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1413 / 145482

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site VOTEZ SOCIALISTE   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License