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Affamer la bête

Une seule justification à la politique de Mattei à la Santé ou de Mer aux Finances : foutre l’administration dans une telle merde qu’on sera tôt ou tard obligé de tailler dans le gras.
vendredi 17 octobre 2003 par Oncle Bernard

(Note du claviste : toute ressemblance avec la Suisse tant au niveau fédéral que cantonal ne serait apparemment pas une pure coincidence !)

Comment justifier une politique aussi débile que celle de Mattei à la Santé ou de Mer aux Finances ? [1]. Par exemple, Mer, sur ordre de Chirac (il paraît que personnellement il est contre, mais comme toute « grande gueule » capable de virer 50’000 personnes de la sidérurgie pendant son passage à Usinor, le courage ne l’étouffe pas dès que jappe un cabot au-dessus de sa tête), continue de baisser les impôts, sans pouvoir tailler dans les dépenses publiques (ne seerait-ce que parce qu’il donne plus 4,5% aux militaires), tout en sachant qu’il n’y aura pas de croissance des recettes due à la croissance du PIB. Mer creuse sciemment le déficit de la France, plaçant bientôt le pays dans une situation intolérable. Pourquoi ? Réponse : affamer la bête. Mattei fait exploser le déficit de la Sécu, de façon à placer celle-ci dans une situation critique. Pourquoi ? Réponse : affamer la bête.

La bête, c’est l’Etat, la fonction publique, le service public. La manœuvre de Mer et de Mattei est de place l’Etat et l’administration dans une situation telle que l’on dise : « ça suffit ! On n’en peut plus ! Il faut en finir ! Taillons maintenant dans le gras des dépenses publiques, pas à la serpette, mais à grands coups de hache ! Faut ce qu’il faut ! »

L’idéologie de l’offre, inventée par la clique de sous-experts libéraux autour de Reagan et Thatcher, atteint enfin la France, avec 20 ans de retard. « L’économie de l’offre » prétend favoriser l’emploi en donnat du fric aux riches, par les baisses d’impôt. Aucun économiste digne de ce nom [2] n’a jamais souscrit à l’économie de l’offre. Personne ne croît que la baisse d’impôt pour les riches n’ait d’autre effet que déflationniste, en favorisant l’épargne de ces mêmes riches. Tout le monde sait que Reagan a relancé l’économiepar une typique politique keynésienne : énorme dépense publique militaire financée par le crédit et l’émission de la monnaie supérieure : le dollar.

Autour de Reagan, les économistes du staff ont très vite vu que la « politique de l’offre » était un non-sens économique, mais qu’en revanche on pouvait en tirer un immence bénéfice politique : faire détester l’impôt par ceuc qui ne profitaient pas des baisses, autrement dit, par les pauvres. Comment ? En leur faisant détester le service public.

Equation : le service public ne fonctionne pas, donc l’impôt c’est vraiment de la merde qui soit-disant sert à financer le service public. Alors autant couper les vivres. Affamer la bête.

A la décharge du polytechnicien Mer (contrairement à Mattei, qui, lui, voit tout l’impact politique que peut avoir le fait de foutre en l’air la Sécu) : il croit sans doute que l’épargne va favoriser la croissance. Ce couillon découvre que, malgré l’un des taux d’épargne les plus élevés du monde (17%, à comparer avec les moins 2 ou 3% des ricains), la croissance française est nulle. Dans son crâne d’œuf surgit une explication merveilleuse : « C’est parce que les Français épargnent trop en faveur de leur logement ! Faudrait que tout ce fric aille plutôt aux entreprises ! » D’où l’idée de liquider le Plan d’épargne populaire, de donne un coup de pouce aux donations, de baisser le taux du livret A et de créer - enfin ! - dess fonds de pension pour la retraite, à travers le PERP (Plan d’épargne retraite populaire), qui coûtera à la France 2 milliards d’euros [3] en régime de croisière ( 2 milliards d’euros piqués au Français pour que les riches puissent encore augmenter leur retraite).

Comme le titre très joliment Le Figaro « Les trois grands pays d’Europe - France, Allemagne, Italie - sont acculés à la réforme. » Allez en paix, les acculés.

[1article publié in Charlie Hebdo n° 591 du mercredi 15 octobre 2003

[2Lire l’excellent article de Paul Krugman dans Courrier international

[3Le Figaro, 6/10/03.


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