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L’hôpital est géré comme une entreprise

A la manivelle

La France rentable
dimanche 17 octobre 2004 par Gérard Biard

A quoi reconnaît-on un État rentable ?

À ses hôpitaux qui privilégient les maladies qui se soignent vite et qui rapportent gros (voir l’article d’Oncle Bernard), à ses industriels qui veulent la pollution et l’argent de la dépollution [1], à ses petits villages où les habitants apprennent à cracher du plomb par le nez et du mercure par les oreilles pour faire rire le premier employeur local [2], à sa capacité à monnayer ses compétences, comme le recyclage du plutonium [3]. Un État rentable, c’est un État dont te président, lorsqu’il est en voyage officiel à l’étranger, vend du boniment à des gens qui n’ont pas d’argent (les Vietnamiens) et du concret - TGV, avions, automobiles, centrales nucléaires à des gens qui en ont (les Chinois). Des exemples de ce qui fait un État rentable, on en trouve pratiquement à toutes les pages de Charlie [4] cette semaine. On peut donc en conclure que la France est rentable. Elle ne l’est pas assez, nous dit le gouvernement, qui empile les mesures énergiques afin qu’elle le soit davantage. Avec la loi Perben, la justice est désormais soumise au rendement et l’on peut négocier sa peine comme on négocie un contrat - de dupe, il va de soi. Depuis le passage de Sarkozy à l’Intérieur, la police est priée de faire du chiffre. Quant au sort réservé à l’éducation, à la science et à la culture, ces activités bassement désintéressées, on a vu qu’il n’était pas négociable il faut former pour l’entreprise, chercher pour l’entreprise et distraire le baron Seillière, tâche ingrate, car il n’est pas d’une nature joviale. Oncle Bernard s’étonne du fait que l’on ne demande pas à l’armée d’être rentable (voir son article). Un peu de patience, tonton, ça ne saurait tarder. Au fond, c’est quoi, une armée rentable ? Si on lui applique tes règles de la réussite entrepreneuriale, c’est une armée avec un « turn-over » important - donc qui renouvelle souvent ses bidasses -, qui fonctionne à flux tendu - donc qui épuise rapidemenet ses stocks de munitions - et qui rapporte à ses actionnaires - donc qui remplit les carnets de commande de l’industrie de l’armement. Bref, c’est une armée qui est en guerre. Rien de sorcier. George W. Bush, qui n’est pas le plus habile des gestionnaires, a une armée très rentable. Nos ministres devraient toutefois être prudents. Dans un Etat rentable, l’Etat n’existe plus. Qunad la France sera enfin selon leurs vœux, nos gouvernants deviendront inutiles. Et les entreprises qu’ils auront si bien servies n’auront plus d’intérêt à les employer fictivement, puisqu’ils n’auront plus d’ascenceurs à leur renvoyer. D’autant qu’un ou deux ex-ministres qui pantouglent dans un bureau panoramique, ça va. Mais plus, ça n’est pas rentable.

In Charlie Hebdo n°643 du mercredi 13 octobre 2004

[1(voir pages 8 et 9, seulement dans l’édition papier)

[2(voir page 6, seulement dans l’édition papier)

[3(voir page 10, seulement dans l’édition papier)

[4In Charlie Hebdo n°643 du mercredi 13 octobre 2004


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